25/11/2012

Urbanisation en milieu steppo-désertique

Conférence prononcée au 2ème Colloque International d'Ornithologie Algérienne

Oum el Bouaghi 18-19/11/2012

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L’écologie  urbaine est  désormais considérée comme un chapitre à part entière de l’écologie et l’ornithologie urbaine en est souvent le fer de lance. L’avifaune s’est en effet adaptée (et continue de le faire) aux nouveaux milieux créés par l’Homme dans le milieu urbain et on commence à en comprendre les mécanismes et les conséquences en milieu tempéré. Cet exposé vise à suggérer de vérifier si les mêmes phénomènes ont lieu quand les villes sont situées en milieu steppique ou désertique.

Dans les régions à climat tempéré et  à vieille tradition urbaine, on a pu montrer que le milieu urbain attirait une avifaune souvent plus dense mais moins variée que le milieu rural, avec quelques espèces dominantes. De nombreuses études ont en effet été faites le long de gradients d’urbanisation croissante. La richesse spécifique diminue au fur et à mesure qu’augmente la proportion de surface bâtie. La densité d’oiseaux nicheurs augmente souvent de manière impressionnante ( plus de 600 couples/ha dans un parc dijonnais par exemple). Quelques espèces ( Pigeon biset féral, Moineau domestique, Pigeon ramier, Merle, Martinet noir et Etourneau pour Paris ) représentent plus de 80 % du total des effectifs nicheurs. Autre caractéristique : l’avifaune urbaine n’est pas un échantillon représentatif de l’avifaune environnante. Certaines caractéristiques sont favorisées : ce sont principalement des espèces d’origine rupestre ou forestière, omnivores et/ou opportunistes et sédentaires. Les nicheurs en site élevé sont plus représentés que les nicheurs proches du sol. De manière générale, les espèces   « urbanophiles » sont plus plastiques en terme d’alimentation, de nidification, d’exigences écologiques et de comportement, souvent très tolérant vis-à-vis de l’Homme, que les « urbanophobes ».  La ville est aussi plus accueillante aux espèces exotiques que la campagne. Dernière caractéristique : l’urbanisation des oiseaux est un phénomène qui se poursuit sous nos yeux. Le nombre d’espèces a augmenté régulièrement en centre ville depuis le milieu du 20ème siècle au moins et continue de la faire en ce début de 21ème siècle.

 

 En zone steppique ou désertiques, le problème n’est pas obligatoirement le même car la zone périurbaine, en raison du climat, présente souvent une faible disponibilité nutritionnelle et donc une richesse spécifique et une abondance assez faibles. Les « règles » établies en zone tempérée sont-elles encore valables quand le climat devient plus rude ?

 

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Des études ont été menées par exemple aux Etats-Unis, dans les régions sèches de l’Arizona en particulier. Le paysage correspond souvent au milieu steppique qu’on peut trouver sur les Hauts-Plateaux algériens. Cependant, il n’est pas évident que l’urbanisme soit du même type qu’en Algérie. Ces études ont montré que dans certains cas, non seulement l’abondance mais aussi la richesse spécifique étaient augmentéee en zone anthropisée, même si la densité du bâtis avait le même effet délétère sur la biodiversité : ce sont les zones périphériques des villes - modérément urbanisées - qui sont les plus riches en oiseaux, car elles comportent souvent une végétation plus abondante que les zones naturelles ou agricoles périurbaines.

En Afrique du Nord, des études ont porté sur les oasis. Deux facteurs principaux ont été mis en évidence pour rendre compte de la biodiversité aviaire : le type de pratiques agricoles appliquées dans l’oasis et sa localisation géographique, spécialement son éloignement des sources de colonisation potentielle.

Il ne semble pas que des études portant spécifiquement sur la structure des populations d’oiseaux des villes en milieu steppo-désertique aient été réalisées en Afrique du Nord. Il serait sans doute intéressant de s’y lancer, d’autant plus que les méthodes à appliquer ne nécessitent pas de moyens trop importants : elles reposent essentiellement sur les descripteurs de la végétation et les indices ponctuels d’abondance pour les oiseaux.

Eléments bibliographiques utilisés

( pour une bibliographie plus détaillée, voir Malher 2010 )

Barbault R., S. Selmi  et T. Boulinier  (2002) Richness and composition of oasis bird communities: spatial issues and species-area relationships  The Auk 119 n°2 (2002) 533

Bock, Carl E., Zach F. Jones, et Jane H. Bock (2008). The oasis effect: response of birds to exurban development in a southwestern savanna. Ecological Applications 18:1093–1106.

Green D.M. et M.G. Baker (2003) Urbanization impacts on habitat and bird communities in a Sonoran desert ecosystem. Landscape and Urban Planning  63 ( 4), pages 225–239

Malher F.(2010) La biodiversité aviaire en ville : les oiseaux en ville, une surprise qui s’explique… Alauda 78 (4),pp 297-306

Malher F. et G.Lesaffre ( 2007) L'histoire des oiseaux nicheurs à Paris. Alauda 75 (3) : 309-318

Malher F., G.Lesaffre, M.Zucca et J. Coatmeur( 2010 ) Oiseaux nicheurs de Paris - Un atlas urbain . Corif. Delachaux et Niestlé. Paris . 240p.

Mills G.S., JB Dunning Jr et JM Bates (1989) Effects of urbanization on breeding bird community structure in southwestern desert habitats- Condor,Vol. 91, No. 2, pp 416-428

Selmi S. et T. Boulinier (2003) Breeding bird communities in southern Tunisian oases: the importance of traditional agricultural practices for bird diversity in a semi-natural system. Biological Conservation  110 (2) Pages 285–294

Woodward  I.  et R. Arnold (2012) The changing status of the breeding birds of the Inner London area. B. Birds 105, pp 433–457

 

 

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