07/09/2013

Les quatre premières années de l'épervier nicheur à Paris

 

L’IMPLANTATION DE L’EPERVIER D’EUROPE Accipiter nisus DANS

PARIS INTRA-MUROS

 

Yves Gestraud et Frédéric Malher

LE PASSER, vol. 46 (2012) : 12-23

 

Les observations d’éperviers dans Paris intra-muros se sont multipliées au début du 20ème siècle, principalement en hivernage et aux passages. L’espèce a été trouvée nicheuse pour la première fois en 2008, en 3 endroits de Paris : 2 parcs (Montsouris et Buttes-Chaumont) et un « bois » d’un hectare situé au centre de la BNF. Depuis il a été trouvé nicheur dans 4 autres endroits (avant 2013), dont certains ne comportaient que quelques arbres au centre d’une cour intérieure !

 

Eperviers Buttes Chaumont 01 juillet 2011 compressée.jpg

Le nid des Buttes-Chaumont en 2011(photo Y.Gestraud)

Cette implantation s’est faite dans la suite des quatre villes européennes. Comme ailleurs, l’espèce niche en moyenne plus haut, sur des essences variées, avec un succès reproductif au moins aussi élevé qu’à la campagne .

Fort logiquement, le nombre d’observations entre mars et mai a beaucoup augmenté, mais pas l’hivernage.

Les conséquences à long terme de cette implantation sont évidemment à surveiller, que ce soit l’évolution de la population d’éperviers ou celle des espèces-proies.

 

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25/11/2012

Urbanisation en milieu steppo-désertique

Conférence prononcée au 2ème Colloque International d'Ornithologie Algérienne

Oum el Bouaghi 18-19/11/2012

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L’écologie  urbaine est  désormais considérée comme un chapitre à part entière de l’écologie et l’ornithologie urbaine en est souvent le fer de lance. L’avifaune s’est en effet adaptée (et continue de le faire) aux nouveaux milieux créés par l’Homme dans le milieu urbain et on commence à en comprendre les mécanismes et les conséquences en milieu tempéré. Cet exposé vise à suggérer de vérifier si les mêmes phénomènes ont lieu quand les villes sont situées en milieu steppique ou désertique.

Dans les régions à climat tempéré et  à vieille tradition urbaine, on a pu montrer que le milieu urbain attirait une avifaune souvent plus dense mais moins variée que le milieu rural, avec quelques espèces dominantes. De nombreuses études ont en effet été faites le long de gradients d’urbanisation croissante. La richesse spécifique diminue au fur et à mesure qu’augmente la proportion de surface bâtie. La densité d’oiseaux nicheurs augmente souvent de manière impressionnante ( plus de 600 couples/ha dans un parc dijonnais par exemple). Quelques espèces ( Pigeon biset féral, Moineau domestique, Pigeon ramier, Merle, Martinet noir et Etourneau pour Paris ) représentent plus de 80 % du total des effectifs nicheurs. Autre caractéristique : l’avifaune urbaine n’est pas un échantillon représentatif de l’avifaune environnante. Certaines caractéristiques sont favorisées : ce sont principalement des espèces d’origine rupestre ou forestière, omnivores et/ou opportunistes et sédentaires. Les nicheurs en site élevé sont plus représentés que les nicheurs proches du sol. De manière générale, les espèces   « urbanophiles » sont plus plastiques en terme d’alimentation, de nidification, d’exigences écologiques et de comportement, souvent très tolérant vis-à-vis de l’Homme, que les « urbanophobes ».  La ville est aussi plus accueillante aux espèces exotiques que la campagne. Dernière caractéristique : l’urbanisation des oiseaux est un phénomène qui se poursuit sous nos yeux. Le nombre d’espèces a augmenté régulièrement en centre ville depuis le milieu du 20ème siècle au moins et continue de la faire en ce début de 21ème siècle.

 

 En zone steppique ou désertiques, le problème n’est pas obligatoirement le même car la zone périurbaine, en raison du climat, présente souvent une faible disponibilité nutritionnelle et donc une richesse spécifique et une abondance assez faibles. Les « règles » établies en zone tempérée sont-elles encore valables quand le climat devient plus rude ?

 

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Des études ont été menées par exemple aux Etats-Unis, dans les régions sèches de l’Arizona en particulier. Le paysage correspond souvent au milieu steppique qu’on peut trouver sur les Hauts-Plateaux algériens. Cependant, il n’est pas évident que l’urbanisme soit du même type qu’en Algérie. Ces études ont montré que dans certains cas, non seulement l’abondance mais aussi la richesse spécifique étaient augmentéee en zone anthropisée, même si la densité du bâtis avait le même effet délétère sur la biodiversité : ce sont les zones périphériques des villes - modérément urbanisées - qui sont les plus riches en oiseaux, car elles comportent souvent une végétation plus abondante que les zones naturelles ou agricoles périurbaines.

En Afrique du Nord, des études ont porté sur les oasis. Deux facteurs principaux ont été mis en évidence pour rendre compte de la biodiversité aviaire : le type de pratiques agricoles appliquées dans l’oasis et sa localisation géographique, spécialement son éloignement des sources de colonisation potentielle.

Il ne semble pas que des études portant spécifiquement sur la structure des populations d’oiseaux des villes en milieu steppo-désertique aient été réalisées en Afrique du Nord. Il serait sans doute intéressant de s’y lancer, d’autant plus que les méthodes à appliquer ne nécessitent pas de moyens trop importants : elles reposent essentiellement sur les descripteurs de la végétation et les indices ponctuels d’abondance pour les oiseaux.

Eléments bibliographiques utilisés

( pour une bibliographie plus détaillée, voir Malher 2010 )

Barbault R., S. Selmi  et T. Boulinier  (2002) Richness and composition of oasis bird communities: spatial issues and species-area relationships  The Auk 119 n°2 (2002) 533

Bock, Carl E., Zach F. Jones, et Jane H. Bock (2008). The oasis effect: response of birds to exurban development in a southwestern savanna. Ecological Applications 18:1093–1106.

Green D.M. et M.G. Baker (2003) Urbanization impacts on habitat and bird communities in a Sonoran desert ecosystem. Landscape and Urban Planning  63 ( 4), pages 225–239

Malher F.(2010) La biodiversité aviaire en ville : les oiseaux en ville, une surprise qui s’explique… Alauda 78 (4),pp 297-306

Malher F. et G.Lesaffre ( 2007) L'histoire des oiseaux nicheurs à Paris. Alauda 75 (3) : 309-318

Malher F., G.Lesaffre, M.Zucca et J. Coatmeur( 2010 ) Oiseaux nicheurs de Paris - Un atlas urbain . Corif. Delachaux et Niestlé. Paris . 240p.

Mills G.S., JB Dunning Jr et JM Bates (1989) Effects of urbanization on breeding bird community structure in southwestern desert habitats- Condor,Vol. 91, No. 2, pp 416-428

Selmi S. et T. Boulinier (2003) Breeding bird communities in southern Tunisian oases: the importance of traditional agricultural practices for bird diversity in a semi-natural system. Biological Conservation  110 (2) Pages 285–294

Woodward  I.  et R. Arnold (2012) The changing status of the breeding birds of the Inner London area. B. Birds 105, pp 433–457

 

 

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09/01/2011

La biodiversité aviaire en ville

Les oiseaux en ville : une surprise qui s’explique

Alauda 78(4), 297-305

 

 

Dans le cadre d’un numéro spécial d’Alauda consacré à la biodiversité, j’ai essayé de faire le point sur les grandes lignes de l’ornithologie urbaine.

Après un rapide historique des travaux d’ornithologie urbaine dans le Monde et en France (beaucoup plus tardive que les autres pays….), j’ai d’abord voulu montrer que l’augmentation de la richesse spécifique en ville est un phénomène général qui s’est particulièrement révélé depuis 1950 environ et qui se poursuit actuellement. Cependant, à un instant donné, cette richesse spécifique diminue quand augmente  le degré d’urbanisation. Les peuplements urbains peuvent atteindre des densités plus importantes qu’en milieu non urbain, mais c’est surtout grâce à la présence de quelques espèces dominantes ( Moineau domestique, Pigeon féral, Pigeon ramier, Merle).

Goéland couple rue_de_Rennes red.jpg

Le Goéland argenté a trouvé sur les toits parisiens (ici près de la gare Montparnasse) un substitut à ses falaises d’origine !

Les espèces qui s’adaptent à la ville sont essentiellement sédentaires, opportunistes en terme d’alimentation, d’origine forestière ou rupestre et nichant haut ou dans des cavités entre autres caractéristiques.

Le milieu urbain a des caractéristiques (température, éclairage, bruit, etc.) qui explique la nécessité d’un certain nombre d’adaptations chez les espèces urbaines : quelques exemples sont présentés.

Les deux mécanismes d’urbanisation possibles sont exposés, même s’il semble bien que le modèle proposé par Tomialojc pour le Pigeon ramier semble mieux rendre compte de la réalité que l’apparition de mutations « urbaines » qui se seraient transmises de ville en ville.

L’importance de la présence d’une biodiversité en ville est discutée en guise de conclusion.

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16/09/2010

Trois publications le même jour !

Il est des jours où l’actualité se précipite : aujourd’hui j’ai reçu par la poste ou le Net , 3 articles ou note qui viennent d’être publiés !

Le Moineau domestique Passer domesticus à Paris : résultats de 5 ans d’enquête

Malher F., Jiguet F., Julliard R., Maintigneux P., Mor S. et Riabi T.

Alauda 78 (3), 2010 : 217-224

 

C’est la publication « officielle » des résultats des 5 premières vagues de comptage du Moineau domestique qui avaient été rendus publics par le Corif et la LPO en mai 2009 et dont j’ai déjà rendu compte dans un autre chapitre de ce blog, auquel je ne peux que renvoyer :

http://lesoiseauxenville.skynetblogs.be/archive/2008/05/index.html

 

 

L’urbanité des oiseaux

F.Malher et J-F Magne

Ethnologie française, XL,2010, 4, p. 657-667

 

La revue Ethnologie française (publiée par l’Institut des Sciences Sociales et Humaines du CNRS aux PUF) a consacré un numéro spécial aux «  Natures urbanisées » qui regroupe un certain nombre de contributions à un colloque consacré à la question de la Nature en ville. J-F. Magne y avait parlé au nom du Corif des oiseaux urbains et m’a demandé d’écrire un texte à partir de son intervention.

Après avoir insisté sur la présence plus importante qu’on le croit souvent des oiseaux en milieu urbain, nous présentons les divers milieux que peuvent habiter les oiseaux en ville (parcs, friches, bâtiments, cours d’eau, …). Nous profitons de la description du cycle annuel pour présenter quelques espèces d’oiseaux qu’on peut trouver en ville.

Nous abordons ensuite les aspects de la vie des oiseaux qui peuvent être touchés par des adaptations au milieu urbain (site du nid, régime alimentaire, rythme de vie, méfiance vis-à-vis de l’Homme).

Nous essayons ensuite d’expliquer par quel mécanisme une espèce d’oiseau peut s’établir en ville, en profitant de ses avantages et en résistant à ses inconvénients.

Nous terminons en présentant le rôle des associations pour faire découvrir et protéger l’avifaune urbaine.

 

 

Captures de Martinets noirs Apus apus par la Corneille noire Corvus corone corone… et vraisemblablement aussi par le Faucon crécerelle Falco tinnunculus .

F.Malher

NOS OISEAUX 57 : 195-196 – 2010

 

 A la suite d’un article de la revue suisse citant des captures de Martinets par des corneilles, j’ai rassemblé quelques observations (personnelles ou dont j’ai eu connaissance) de captures ou de tentatives à Paris ainsi qu’un cas de capture probable d’un martinet par un Faucon crécerelle.

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01/05/2010

L'Atlas de Paris

Le 15/4/2010 est donc enfin sorti "Les oiseaux nicheurs de Paris-Un atlas urbain", publié chez Delachaux et Niestlé. C'est le résultat de 4 ans de travail sur le terrain (2005-2008), éffectué par 60 bénévoles.

Atlas plat1

Extraits du sommaire :

Histoire de Paris

-L'atlas sur le terrain

- Sources historiques

-Monographies (60 espèces)

-Bilan de l'atlas

-Espèces non nocheuses ou exotiques non férales (100 espèces)

-Liste des oiseaux observés dans Paris intra-muros

-Les hauts-lieux de l'ornithologie parisienneQuelques idées pour préserver la biodivrsité à Paris

-Les oiseaux à la conquête de la Ville

Atlas plat4

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08/01/2010

L'Atlas des Oiseaux Nicheurs de Paris au 33ème CFO

Les 5 et 6 décembre 2009 s'est tenu le 33ème Colloque Francophone d'Ornithologie à la Bibliothèque nationale de France à Paris. J'ai pu y présenter quelques éléments tirés de l'Atlas des Oiseaux Nicheurs de Paris, réalisé sous l'égide du CORIF (Centre ornithologique d'Île de France) à paraître en avril prochain chez Delachaux et Niestlé.

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Evidemment je n'ai pas pu m'empêcher de citer les résultats les plus spectaculaires obtenus au cours de l'enquête qui a duré de 2005 à 2008 : les découvertes de la nidification de 2 espèces totalement inattendues (Martin-pêcheur et Rousserolle effarvatte) et d'une espèce qu'on espérait bien trouver : l'Epervier d'Europe !

33CFO red2

Mais l'idée était surtout de montrer qu'on pouvait tirer des enseignements intéressants sur l'adaptation des oiseaux à la ville, adaptation qui touche en particulier les sites de nidification et les sources de nourriture, mais aussi sur le calendrier et les mécanismes de cette installation en ville. L'arrière-pensée était de convaincre les ornithologues des autres villes de se lancer aussi dans un travail d'atlas urbain...

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06/09/2009

L'urbanisation va-t-elle sauver la biodiversité ?

Le 6 Mars 2006 lors de la 10ème Journée Nationale d'Ornithologie tenue à El Harrach (Alger)  à l'occasion du Centenaire de l'Institut National Agronomique, j'ai fait une communication sur l'urbanisation. Je croyais qu'elle devait être publiée....elle ne l'a pas été, je le fais donc ci-dessous ! Ca sert aussi à ça les blogs....;-)

L’urbanisation : une stratégie d’avenir pour l’avifaune ?

                                                              Frédéric MALHER

           L’idée que les villes sont des déserts ornithologiques commence à être abandonnée, grâce au développement de l’ornithologie urbaine. Certains prétendent même maintenant que le milieu urbain pourrait servir de refuge à certaines espèces mises en difficulté par la disparition de leur milieu naturel. Est-ce réaliste ?

 

1. Diversité aviaire et urbanisation

 a) Evolution dans le temps de la richesse spécifique

Jusqu’à peu, il était couramment admis qu’on voyait de moins en moins d’oiseaux en ville. Comme ceux d’autres villes, les résultats provisoires de l’Atlas des Oiseaux nicheurs de Paris ( en cours, publication prévue 2009) comparés aux résultats historiques (essentiellement Quépat 1874, Legendre 1938 ), montrent le contraire, du moins si on s’intéresse au centre urbain.

Graphique de RS

Dans le temps, l’évolution s’est faite en deux temps : d’abord une chute de la Richesse Spécifique (RS) puis une augmentation : à Paris il y avait environ 32 espèces nicheuses vers la moitié du 19ème s., une vingtaine seulement au début du 20ème , mais au moins 50 actuellement. Lesaffre (1997) ne comptait que 38 espèces reconnues comme nicheuses dans les années 90. Même si la pression d’observation a considérablement augmenté depuis cette date, l’accélération du phénomène vers la fin du 20ème siècle est réelle car elle se retrouve dans d’autres villes(Londres, Bruxelles, Berlin, etc.).

De plus, il ne s’agit pas du retour des espèces qui avaient disparu (espèces principalement migratrices insectivores de milieux ouverts) mais de l’adaptation de nouvelles espèces (espèces surtout  sédentaires opportunistes forestières).

 Tableau 1

Tab. 1  Modifications de l’avifaune nicheuse à Paris depuis le milieu du 19ème s. (avant Atlas )

 Ces modifications se produisent aussi dans d’autres villes et ne sont donc pas dues au hasard.

Cela correspond à ce que Dinetti et Fraissinet (2001) notaient en distinguant l’urbanisation passive et l’urbanisation active :

- l’urbanisation passive concerne des oiseaux qui occupaient des milieux qui se sont trouvés englobés dans l’agglomération : certaines espèces résistent, d’autres disparaissent. Elle provoque une baisse de la RS.

- l’urbanisation active concerne des espèces qui sont venues coloniser le milieu urbain déjà constitué (principalement les parcs). Ce phénomène se traduit donc par une augmentation de la RS.

Ces 2 phénomènes peuvent se passer en même temps, mais à des échelles géographiques différentes : à Paris Dejonghe (1984) note une chute de la RS au cours du 20ème siècle parce qu’il y inclut  les Bois de Boulogne et de Vincennes qui perdent des espèces par urbanisation passive mais il ne souligne pas que Paris intra-muros en gagne par urbanisation active.

 

b) Effet de l’urbanisation sur la densité et la dominance : l’exemple de Wroclaw (Pologne)

En comparant un parc de centre ville, un  de banlieue et diverses parcelles d’une forêt de la même région, Tomialojc et Profus, en  1977, ont trouvé une plus faible RS en centre ville (mais pas en banlieue) mais aussi une très forte densité en centre ville comme en banlieue (2 fois plus qu’en forêt).

Cette comparaison montre aussi un accroissement de la dominance de certaines espèces : les 4 espèces les plus importantes de chaque milieu représentent plus de 65% des effectifs dans les 2 parcs urbain et suburbain alors qu’elles n’en représentent pas plus de 46% dans les forêts environnantes. Cette augmentation de l’importance des espèces dominantes est évidemment encore plus nette dans les quartiers très urbanisés du centre ville.

 Tableau 2

Tab.2  Comparaison de l’avifaune nicheuse entre milieu urbain et rural à Wroclaw (Pologne) d’après Tomialojc et Profus 1977

 La diversité diminue donc au fur et à mesure qu’on s’approche du centre ville ( Beissinger et Osborne ,1982, trouvent le même genre de résultats aux USA )

La composition en guildes de nicheurs est aussi différente entre les parcs et la forêt : la ville montre une augmentation des cavernicoles et une chute du nombre de nicheurs à terre et en nid ouvert à moins d’1.5m de haut.(Fernandez-Juricic ,2000, a des résultats similaires à Madrid )

Les guildes alimentaires varient aussi suite à l’urbanisation : les insectivores sont moins nombreux (surtout ceux de la canopée ) et les granivores et omnivores plus nombreux (spécialement ceux qui se nourrissent au sol) en ville qu’à la campagne.

 L’avifaune urbaine a donc des caractéristiques biologiques qui ne sont pas dues au milieu environnant, mais qui sont propres au milieu urbain.

 

2. L’urbanisation active est un phénomène complexe

 a) Mécanismes de l’urbanisation active

L’observation d’une carte de progression de l’urbanisation du Merle ou du Ramier fait inévitablement penser à la dispersion d’individus « pionniers » qui apporteraient le comportement urbain  de ville en  ville. C’est d’ailleurs ce que pensent Luniak et al. (1990) à propos du merle. L’expérience a même été tentée en Ukraine et a permis l’établissement de merles urbains à partir d’individus transplantés d’autres villes .

Cependant, à partir de l’étude du Pigeon ramier, Tomialojc (1976) est arrivé à une conclusion différente : d’après lui, une ville serait conquise quand la densité de l’espèce augmente suffisamment  en zone périurbaine pour provoquer une saturation du milieu naturel . Plus généralement, Dinetti et al (1996) pensent que  les espèces  «  pénètrent en ville dans les régions où elles étaient déjà en grande densité ou bien où les conditions écologiques (climat et végétation) de la ville étaient semblables à leurs besoins naturels ».

L’exemple actuel du Faucon pèlerin qui s’urbanise actuellement en France semble illustrer cette hypothèse : c’est dans le Nord-est de la France que l’on connaît le plus de couples nicheurs en ville, à proximité des Vosges et du Jura où se trouvent les plus fortes populations en sites naturels.

Inversement, l’absence d’accenteurs urbains en région lyonnaise semble montrer que les villes ne sont pas conquises par des oiseaux venus d’ailleurs. Mieux : des accenteurs des alentours viennent en ville en hiver, mais aucun n’y reste en été. En effet les populations alpines de cette espèce sont assez strictement forestières et n’entourent donc pas les villes de populations denses dans les jardins ruraux.

Cela peut aussi expliquer que certaines espèces en limite de répartition n’aient pas la vitalité suffisante pour s’urbaniser (Rougequeue noir et Choucas en Algérie)

L’urbanisation semble donc plus un signe de bonne santé d’une espèce qu’une solution de sauvetage

 b) Modifications comportementales liées à l’urbanisation

Pour illustrer l’adjectif « active » que Dinetti a accolé au terme urbanisation, il faut se souvenir de l’ampleur des modifications liées à cette adaptation.

On peut en donner un petit aperçu :

-le rythme de vie est profondément modifié, aussi bien pour l’activité diurne, qui dure  souvent plus longtemps (chant nocturnes du merle, du rougegorge, chasse nocturne du pèlerin ou. du Traquet à tête blanche à Hassi Messaoud , Laferrère 1961), que pour le cycle reproductif :  Cramp (1972) signale que le Pigeon ramier niche principalement du 1er avril au 15/9 dans Londres et seulement du 1/5 au 31/8 en campagne et met cet allongement en relation avec une nourriture disponible plus importante) ; le Merle niche parfois dès janvier-février en ville. Ceci est souvent lié à une perte de l’instinct migratoire (Merle, P. ramier, mais aussi Rougequeue noir, Pouillot véloce)

-modification des habitudes alimentaires : le Faucon crécerelle consomme nettement plus d’oiseaux en ville qu’à la campagne (à Paris : Quéré 1990,  à Alger : Souttou et al 2003), le Goéland leucophée profitant de la nourriture anthropique (Moulaï R. et all 2005) ou des pigeons domestiques (Nappi 2001).

-utilisation de nouveaux sites de nids : pigeon ramier et colombin sur des bâtiments, huitrier-pie et goélands sur des toits, corneilles dans des cheminées

-modifications importantes du comportement de tous les jours : perte de la méfiance envers l’homme (merle, ramier, mais aussi héron cendré, faucon crécerelle ), augmentation de la rivalité intra-spécifique (combat entre femelles chez le merle, Luniak et al. 1990)

 On peut penser que ces modifications expliquent le succès des espèces urbaines, mais sont-elles vraiment suffisantes pour assurer leur avenir ?

 

 3. La ville, milieu piège ou milieu ressource?

 a) avantages et inconvénients des modifications comportementales

Certaines des modifications évoquées ci-dessus ne sont pas forcément très avantageuses. L’ allongement du rythme journalier à cause de la luminosité artificielle permet parfois de passer plus de temps à se nourrir, ce qui peut, en période de nourrissage des jeunes, être utile. De même l’adaptation des pèlerins urbains à la capture des migrateurs nocturnes attirés par les projecteurs leur fait-elle sans doute gagner du temps et économiser de la fatigue.

En revanche les chants nocturnes de merle en plein hiver ont un coup énergétique non négligeable, surtout en une période où l’économie d’énergie est souvent une condition de la survie. De même l’apparition d’une compétition intra-spécifique chez les merles doit être à l’origine d’une perte inutile d’énergie.

L’adaptation du régime alimentaire aux conditions urbaines a sans doute permis au faucon crécerelle de se maintenir voire de se développer dans les villes modernes, mais peut provoquer des conséquences inattendues sur certaines espèces : chez la Corneille noire, il semble bien que ce soit la cause de l’altération du plumage des jeunes trop souvent nourris avec du pain ou même d’adultes qui se contentent trop de quémander auprès des promeneurs dans les parcs parisiens (Malher 2003)

 b) succès reproductif

Il semble évident que si certains oiseaux s’installent en ville , c’est qu’ils y trouvent de meilleures conditions de reproduction et donc un plus grand succès reproductif. On s’attend même à ce que cela soit une vérité générale……et pourtant cela n’est pas toujours vrai !

 Chez les Goélands argenté et brun, Rock (2005) trouve en Grande-Bretagne un succès reproductif beaucoup plus fort en ville qu’en falaise, à cause de la différence de sources de nourriture (dépôt d’ordure contre rebus de pêche de plus en plus rares ).

Chez le Faucon pèlerin, J-R Monneret note que le succès reproductif dépend d’abord du type d’aire utilisé (naturel ou artificiel) et donc que les aires urbaines doivent avoir un taux de succès supérieur aux aires naturelles, mais sensiblement égal aux aires artificielles placées à la campagne.

En revanche, chez le faucon crécerelle, Salvati et al en 2001 trouvent un succès nettement plus faible en ville (3.1 jeunes envolés par nid) que dans la campagne environnante (4.3 jeunes)

Pour la Corneille noire, Richner (1989) à Lausanne trouve un succès à l’envol 40% plus faible en ville que dans les campagnes environnantes. De plus, les jeunes sont nettement plus maigres en villes, ce qui est un mauvais pronostic pour leur avenir. Ceci est sans doute à mettre en relation avec le problème de nourriture signalé plus haut.

Enfin, pour les merles, le problème n’est pas simple, car il y a en moyenne plus de couvées en ville, mais comprenant chacune moins d’œufs (le résultat donnant plus d’œufs pondus par couple urbain), mais le gros problème est la destruction des nids : en 4 ans, Ribaud à Lausanne n’a vu réussir que 14% des couvées qu’il suivait ! Au point que nombreux sont ceux qui pensent que les populations urbaines de merles ne tiennent que par un apport permanents de jeunes merles des banlieues………

 La situation est donc variable : pour certaines espèces, une fois installées en ville, leur vitalité permet de se développer indépendamment du milieu naturel. Pour d’autres, elles dépendent du milieu rural, soit pour se nourrir soit pour entretenir la population non – autosuffisante. 

 c) déclin de certaines espèces urbaines

Les Corbeaux freux ont disparu de Paris à la fin des années 50 et du centre de Londres en 1916.  Les destructions de colonies qui ont eu lieu à la fin du 19ème n’y sont sans doute pour rien, mais l’extension des zones construites en est sans doute plus directement responsable : les Freux n’utilisent la ville que pour y nicher et dormir, mais ils vont se nourrir dans les champs. On peut penser que la distance à parcourir quotidiennement était devenue trop grande. C’est aussi de cette manière que Quépat en 1874 expliquait la disparition du Crécerelle de Paris ( on peut supposer que son adaptation aux oiseaux lui a permis ensuite de reconquérir le terrain perdu ).

région parisienne distances red

En ce moment on assiste sans doute au même phénomène pour le Choucas des tours qui, après avoir disparu du centre de Londres en 1969, est probablement en train de disparaître de Paris : il ne reste plus que quelques couples plus ou moins isolés au lieu des colonies qui occupaient il y a peu Notre-Dame ou la Tour Eiffel, et les opérations de ravalement n’interviennent sans doute dans le phénomène qu’en forme de « goutte d’eau qui fait déborder le vase »…..

 Il est possible que la disparition du moineau domestique dans certaines villes européennes s’explique aussi par ce qui se passe en zone périurbaine. Il faut savoir que la campagne est devenue pauvre en moineaux , au moins en G-Bretagne, à cause du changement des pratiques agricoles qui font baisser la quantité de nourriture disponible en fin d’hiver.

L’idée d’un lien entre la situation du Moineau urbain et la campagne environnante s’est d’abord heurtée à l’idée que le moineau était très sédentaire. Cette idée a été démentie, au moins dans certains cas, et en particulier à Paris où on assiste à un départ massif des jeunes après l’envol et à un retour progressif au cours de l’hiver (travail pers.)

Pour expliquer la chute des effectifs dans certaines villes , certains pensent que la reproduction en ville serait partout insuffisante pour renouveler les générations et qu’il faut donc un apport annuel de moineaux ruraux. Cet apport n’existerait plus dans certaines villes depuis la chute des effectifs ruraux qui les environnent .

Cette explication , non encore démontrée (et pas exclusive d’autres facteurs aggravants), aurait l’avantage de remplacer l’ensemble des explications qui ont pu être proposées ici et là et remettre le moineau dans le cadre plus global des petites espèces granivores qui connaissent souvent un sort dramatique depuis l’utilisation de pratiques agricoles qualifiées de « modernes ».

                .

 Conclusion :

on peut améliorer les qualités environnementales des villes, mais les zones suburbaines et rurales environnantes sont souvent déterminantes pour le maintien d’une espèce en ville. Il y a donc peu de chances que les villes deviennent des îlots de biodiversité dans un monde rural dépeuplé…..

Cependant l’ornithologie urbaine est un secteur à part entière de l’ornithologie qui doit se développer , avec en particulier le développement des atlas urbains : ceux-ci apportent souvent des découvertes qui permettent de soulever des problèmes biologiques passionnants !

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

BEISSINGER SR and OSBORNE D.R.     1982            Effects of urbanization on avian community organization            Condor 84:75-83

CRAMP S.            1972            The breeding of urban wood-pigeons            Ibis 114:163-171

DEJONGHE J.-F.     1984            Les Oiseaux des villes et des villages Le Point Vétérinaire. Paris

DINETTI M. , CIGNINI B., FRAISSINET M. et ZAPPAROLI M.       1996            Urban Ornithological Atlases in Italy            Acta Ornithologica 31: 15-23

DINETTI M., FRAISSINET M.       2001            Ornitologia urbana            Edagricole - Ed.agricole della Calderini . Bologna. 495p.

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19:01 Écrit par Fr dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |